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 Tittytainment

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Tovi
Combattant
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Nombre de messages : 227
Date d'inscription : 11/02/2006

MessageSujet: Tittytainment   Dim 21 Juin à 13:54

Les architectes de la mondialisation l’ont parfaitement compris : pour être vraiment
efficace, la fabrique du consentement suppose l’abolition de toutes les frontières. En effet,
c’est le maintien de frontières, à tous les niveaux de l’existence (en économie, le
protectionnisme), qui rend possible la comparaison, la contradiction, la possibilité de dire
« Non » et tout le jeu de la dialectique politique qui s’en suit. En visée ultime, l’ingénierie
mondialiste cherche à élaborer ce fameux « village global » sans frontières, qui permettrait
d’obtenir le consentement définitif des populations sur tous les sujets, de sorte à ne pas être
contraint d’y travailler constamment. Avec l’abolition des frontières, c’est-à-dire du principe
même de toute extériorité, s’abolit également la possibilité de toute comparaison et
contradiction fondamentale, donc de tout contre-pouvoir critique et de toute résistance. Un
monde mondialisé, unipolaire, sans frontières et politiquement unifié sous un gouvernement
centralisé et un système unique de valeurs et de normes, en finirait une bonne fois pour toutes
avec la possibilité même de penser « autrement ». À monde unique, pensée unique. À ce titre,
l’ingénierie du Nouvel Ordre Mondial, comme effacement des frontières sous une tutelle
unique, s’identifie à un processus de régression pré-OEdipienne et d’infantilisation délibérée
des populations. Du point de vue de la psychogenèse, le giron maternel est éprouvé par
l’enfant comme une continuité de son vécu intra-utérin, c’est-à-dire comme ce monde unique
et englobant, sans extériorité, sans limites, sans frontières, monde absolu, sans comparaison,
ni relativisation, ni contradiction ; et l’enfance est cet âge de la vie sans politique, marqué par
l’adhésion spontanée aux valeurs dominantes du corps social, l’immersion conformiste et
grégaire dans les normes du monde environnant, et surtout l’impuissance à réagir contre une
altération de ses conditions de vie. Construire la dépolitisation de l’humanité, construire le
« Oui » à tout, le consentement global, passe donc par un abaissement provoqué de sa
maturité psychique moyenne et son retour dans une espèce de giron maternel étendu au
monde entier.

Dans la perspective de bâtir cette docilité générale, Zbigniew Brzezinski, l’homme qui
était derrière Oussama Ben Laden dans les années 198014, l’homme qui est aujourd’hui
derrière Barack Obama, a proposé le concept de tittytainement. Deux journalistes allemands
nous rapportent la naissance de cette notion à l’occasion d’une rencontre internationale d’une
certaine élite intellectuelle et politique en septembre 1995 dans un grand hôtel californien :

« L’hôtel Fairmont de San Francisco est un cadre idéal pour les rêves aux dimensions
planétaires. (...) L’avenir, les pragmatiques du Fairmont le résument en une fraction et un
concept : "deux dixièmes" et "tittytainement". Dans le siècle à venir, deux dixièmes de la
population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale. (...) Mais pour le
reste ? Peut-on envisager que 80% des personnes souhaitant travailler se retrouvent sans
emploi ? "Il est sûr, dit l’auteur américain Jeremy Rifkin, qui a écrit le livre La Fin du travail,
que les 80% restants vont avoir des problèmes considérables." (...) C’est un nouvel ordre
social que l’on dessine au Fairmont, un univers de pays riches, sans classe moyenne digne de
ce nom — et personne n’y apporte de démenti.

L’expression "tittytainment", proposée par ce vieux grognard de Zbigniew Brzezinski, fait en revanche carrière. Ce natif de Pologne a été quatre années durant conseiller pour la Sécurité nationale auprès du président américain Jimmy Carter. Depuis il se consacre aux questions géostratégiques. Tittytainment, selon Brzezinski est une combinaison des mots entertainment et tits, le terme d’argot américain pour désigner les seins. Brzezinski pense moins au sexe, en l’occurrence, qu’au lait qui coule de la poitrine d’une mère qui allaite. Un cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettrait selon lui de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète. (...) On voit émerger la société des deux-dixièmes, celle où l’on devra avoir recours au tittytainment pour que les exclus restent tranquilles. »15

Le songe creux et infantilisant dans lequel Brzezinski propose d’enfermer les
populations pour mieux les contrôler présente les caractéristiques d’une sorte de réalité
virtuelle complètement dépolitisée, un Disneyland global fondé sur la consommation et le
spectacle. La sécurisation totale du pouvoir des élites s’appuie nécessairement sur la
déréalisation de l’existence de la plèbe, déréalisation qui consiste en un « réenchantement du
monde » forcené (thème de l’Université d’été 2005 du MEDEF), dont le but est de parvenir à
faire creuser gentiment sa propre tombe à quelqu’un, puis à l’y faire descendre avec le sourire
et à se recouvrir de terre dans la joie et la bonne humeur. On reconnaîtra ici la tendance
sociologique dite du cocooning, jouant le rôle d’un nouvel opium du peuple, bien plus
efficace que la religion car totalement dénué d’effet de sublimation. L’ingénierie sociale se
donne ainsi pour objectif de rendre tolérable, et même désirable, une involution
civilisationnelle profondément morbide en la parant de tous les traits du rajeunissement
perpétuel, donc apparemment de la vitalité et de l’avenir, avec, pour visée ultime, la
« foetalisation » de l’humanité au moyen de son insertion dans un environnement social conçu
à l’image d’un immense utérus artificiel, c’est-à-dire dénué de frontières et de contradictions.
Le stade intra-utérin et, par extension, tous les stades immatures (nouveaux-nés, nourrissons,
bébés et jeunes enfants) se caractérisent, certes par leur vitalité organique, mais surtout par
leur plasticité mentale aisément manipulable ainsi que leur état d’aliénation totale,
complètement à la merci d’autrui (la Hilflösigkeit freudienne).

Il s’agit donc de reproduire dans l’extra-utérin les conditions d’une existence intrautérine
: fusion avec autrui dans un grand tout homogène et enveloppant, obéissance au
mouvement général, jouissance continue et immédiate, complétude, identité unifiée, absence
de tensions, de contradictions, de contestations, pure positivité, donc fin de l’Histoire, fin de
tout, en un mot, le paradis, le cocon définitif ! De nombreux auteurs ont étudié d’un point de
vue critique les aspects de cette régression pré-OEdipienne globalisée, à commencer par Gilles
Châtelet dans son Vivre et penser comme des porcs (De l’incitation à l’envie et à l’ennui dans
les démocraties-marchés). Les autres titres ne sont pas moins éloquents, de Jean-Claude
Michéa, L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, à Dany-Robert Dufour,
L’art de réduire les têtes : sur la nouvelle servitude de l’homme libéré à l’ère du capitalisme
total, en passant par Charles Melman et Jean-Pierre Lebrun, L’homme sans gravité — Jouir à
tout prix, Michel Schneider, Big mother — Psychopathologie de la vie politique, et Jean-
Claude Liaudet, Le complexe d’Ubu, ou la névrose libérale. Tous ces textes se consacrent à
l’analyse du contrôle social contemporain dans ses spécificités inédites, à savoir la
dépolitisation des masses par la mise en place d’un type de société reposant sur les
caractéristiques du giron maternel, induisant un abaissement de l’âge mental moyen ainsi
qu’un certain nombre de nouvelles pathologies mentales tournant autour de la dépression et de
la perversion. En cherchant à abolir toutes les frontières, donc toutes les limites, et dans le
même geste la notion même d’extériorité, de monde extérieur, objectif, réel, l’ingénierie
mondialiste cherche ainsi à construire une forme de société déréalisée s’appuyant sur une
culture de l’intériorité, de la fusion charnelle dans un bloc identitaire homogène et du rejet
corrélatif de tout ce qui est hétérogène, autre, bref de tout ce qui rappelle le Père, c’est-à-dire
l’instance qui fissure l’emprise exclusive et englobante du monde maternel pour introduire au
« monde extérieur » et au réel.


14 Le Nouvel Observateur, 15 janvier 1998, « Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes… »,
interview avec Vincent Jauvert : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p19980115/articles/a19460-.html

15 Hans-Peter Martin et Harald Schumann, Le piège de la mondialisation, Éditions Actes Sud, 1997, pp. 13-20.
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